End Game
Cet épisode est dirigé par Jack A. Edgar et Kevin Neeson
Traduction par William Vilmer et mise en page par Yannick Cordonnier Hernois.

 

Générique d'Ouverture (version minimum)

 

C'est celui à ne pas rater!  C'est une version complète du générique d'ouverture de la saison 1 de Côte Ouest, le retour qui rend celui du dessus bien pâle en comparaison.  Cela nécessite que vous ayez Real Player (disponible gratuitement par téléchargement), et est spécialement conçu pour fonctionner directement sur votre ordinateur, plutôt que de devoir vous connecter à notre serveur.

Pour cela téléchargez simplement les trois fichiers ci-dessous (attention : il se peut que vous ayez déjà téléchargé l'un ou plusieurs d'entre eux sur notre librairie multimédia) sur le même répertoire que votre ordinateur... attention, "cliquez à droite" pour sauvegarder les fichiers.

La vidéo du générique d'ouverture de la saison 1 de Côte Ouest, le retour.

Le thème musical de la saison 1 de Côte Ouest, le retour.

Le fichier qui permet un fonctionnement simultané des deux premiers.

Une fois que les trois fichiers sont dans le même répertoire sur votre ordinateur, tout ce que vous devez faire c'est de lancer votre Real Player ainsi que le fichier intitulé "s1merged.smi".

Je pense que vous serez conquis par le résultat, et que vous ne pourrez plus lire un épisode de Côte Ouest, le retour sans le lancer au préalable!

 

Le commissariat de police du Comté de Los Angeles - Aux petites heures de la nuit :

Karen Mackenzie est emmenée sous bonne garde, menottes aux poignets, dans le bureau d'enregistrement du commissariat. Son estomac se noue à la vue des prostituées, dealers, cambrioleurs, voleurs de voitures et autres alcooliques qui l'entourent. Elle est tellement absorbée par ce spectacle qu'elle en oublie son déguisement de prostituée. Cependant, la réalité de la situation ne va pas tarder à rejaillir.

"Asseyez-vous," lui lance d'une voix désagréable l'officier préposé aux formalités administratives. Karen prend place dans une chaise en plastique inconfortable. L'officier qui l'avait arrêtée et qui l'escortait l'attache à l'aide de ses menottes au siège en question et quitte la pièce sans dire un mot. Karen regarde la menotte autour de son poignet avec horreur. "Bon, votre nom?"

"Mon... mon nom?" demande Karen, en lançant une grimace au policier fatigué.

"Oui, votre nom."

"Ecoutez, il s'agit d'un terrible malentendu," déclare Karen la voix hésitante. Elle regarde une nouvelle fois les menottes et remarque que sa main tremble. "Ici, ce n'est pas mon milieu."

"Je vous ai demandé votre nom, pas l'histoire de votre vie," soupire l'officier.

"Mon nom..." soupire à son tour Karen. Ses pensées se bousculent à vive allure. Je n'aurais jamais cru en arriver là. Je ne m'attendais pas à ce que toutes ces opérations clandestines que Val et moi menions auraient finies de la sorte. "Je m'appelle Abby."

"Abby comment?"

"Abby..." répond Karen, toute pâle, regardant de ses yeux globuleux la pièce qui l'entoure. Qu'est-ce que je fais ici? Je devrais être en train de dormir auprès de mon époux... pas ici. Pas en état d'arrestation. Pas en train de porter atteinte à ma famille en prenant le risque de ruiner mon existence. Je ne sais pas comment Val a pu me convaincre de faire ça. Mon Dieu, j'espère qu'elle va bien. "Abby... Clements."

"D'accord," répond l'officier. Il encode le nom dans l'ordinateur. Il imprime ensuite une page et présente un encrier à Karen. "Il me faut les empreintes de votre main droite."

"S'il vous plaît, je vous en conjure. Je me faisais passer pour une prostituée uniquement dans le but d'aider cette jeune femme qui s'est fourrée dans une sale affaire. Je n'ai jamais eu de relations sexuelles en échange d'argent. Pourriez-vous me laisser partir?" Karen se défend, sa main continuant à trembler de manière incontrôlable.

"Madame, ce n'est pas à moi de décider. Vous verrez le juge dans la matinée. Maintenant, laissez-moi faire mon boulot et donnez-moi votre main," insiste-t-il.

"D'accord," dit Karen, vaincue. Elle présente sa main non menottée et presse ses doigts sur l'encrier avant de les appuyer sur le procès-verbal d'arrestation. Son corps est parcouru de soubresauts tandis que son esprit continue à divaguer. Est-ce que cette arrestation sera rendue publique? Quelles en seront les conséquences pour Mack? Personne ne l'engagera plus après ça. Et que dire de Diana? Elle commence à se faire un nom dans le milieu de la mode. "Ma mère, la prostituée", ça sera du plus bel effet dans ses coupures de presse. Et Michael. Il vient à peine de commencer dans son cabinet juridique. Un scandale pareil pourrait l'anéantir. "L'ancienne présentatrice de 'A micros ouverts' arrêtée pour prostitution." Oh, Mon Dieu, et si quelqu'un me reconnaissait ici ? Les journaux à scandales ont fait leurs choux gras lorsque mon producteur avait essayé de me tuer. Ils ne feraient qu'une bouchée de moi avec une telle histoire! Et Meg? Pauvre Meg. Elle a déjà subi tant d'épreuves dans sa vie. Je ne peux pas lui faire ça.

"MADAME!" s'écrie l'officier au moment où Karen le regarde, hébétée. "Dites! Faites attention, voulez-vous?"

"Je suis désolée. Pour vous, ça fait partie de la routine quotidienne mais moi c'est la première fois qu'on me passe des menottes," lance Karen, la voix tremblante. Le regard furieux de l'officier la fait changer de ton. "Je-Je suis désolée."

"Ecoutez, on va vous prendre en photo et puis on en aura fini, ok? J'ai d'autres chats à fouetter ce soir."

"Oh, non, je vous en prie, non. Pas de photo. Je vous jure que tout rentrera dans l'ordre demain matin. Je ne veux pas qu'on me prenne en photo," Karen le supplie.

"Vous commencez à me fatiguer, 'Abby' ou quelque soit votre nom."

"Mettez-vous à ma place une minute," le supplie Karen. "C'est ma vie qui est en jeu."

"Vous auriez dû y penser avant de faire le trottoir hier soir," répond-il froidement alors qu'il prépare une plaque qu'il va attacher autour du cou de Karen.

C'est sans espoir. Ma vie est fichue, pense Karen en regardant les photos des inspecteurs et capitaines de police affichées sur un mur avoisinant. Une lueur d'espoir perce dans ses yeux au moment où elle reconnaît quelqu'un parmi les photos.

"Est-ce que Dave Wilson est là?" demande Karen.

"L'inspecteur en chef Wilson commence sa journée à 8 heures du matin," rétorque froidement l'officier sans même regarder dans sa direction. Il suspend autour du cou de Karen une plaque où sont inscrits une série de chiffres.

"Pourriez-vous l'appeler? Il se chargerait de toute cette affaire directement," demande Karen d'une attitude plus confiante.

"Madame, je ne vais appeler le numéro 2 de ce commissariat de police pour s'occuper d'une histoire de prostituée de quartier. Il a mieux à faire que ça."

"Votre remarque est offensante," réplique Karen, fâchée alors que l'officier tire une première photo d'identité d'elle. Il la fait pivoter latéralement et prend une deuxième photo. "Dave est un ami de mon mari. Il est déjà venu dîner chez moi, pour l'amour du Ciel!"

"Etes-vous en train d'insinuer que l'inspecteur Wilson fait appel à vos services?"

"Taisez-vous. Taisez-vous!" s'écrie Karen. Elle a les larmes aux yeux. L'officier l'emmène sans sa cellule. Elle regarde ces lieux qu'elle n'avait jamais vus auparavant : des rangées de cellules occupées par le rebut de la société. Un club d'élite que Karen s'apprête à rejoindre. Je ne peux pas attendre jusqu'à 8 heures. Je ne peux passer la nuit dans cette cellule sordide. Mais qui puis-je appeler? Mack? Non. Je n'aurais pas la force de tout lui expliquer. Pas comme ça. Michael? Je ne veux pas qu'il me voit habillée comme ça. Paige? Elle m'aime bien mais je ne sais jamais comment elle pourrait réagir face à une situation imprévue. Elle irait tout raconter à Mack, je le sais. "Est-ce que je n'ai pas le droit à un coup de téléphone?"

"Ouais, bien sûr, " répond l'officier. Ils s'arrêtent devant un téléphone mural. Il prend le cornet et le tend à Karen. "Il est à vous."

"Merci," murmure Karen en prenant le combiné. Il faut que j'appelle Val, pense-t-elle. Il faut que je sache si elle va bien. Je l'ai laissée à l'appartement de La B et si La B et Monica m'ont bien tendu ce piège, elle pourrait être en danger. Si j'arrive à lui faire quitter l'appartement, elle pourra venir et me faire sortir d'ici. Karen compose un numéro et attend.

L'abonné ne peut répondre à votre appel pour l'instant. Son téléphone cellulaire est éteint ou bien sur un réseau inaccessible. Veuillez réessayer plus tard. Merci.

Bon Sang, Val. Je n'arrive pas à croire que tu me refasses le même coup, pense-t-elle. Elle raccroche, un sentiment de honte s'empare d'elle. L'officier la tire par le bras et l'emmène vers la cellule la plus proche. Karen remarque à peine les deux femmes qui sont déjà dans la cellule : une prostituée ainsi qu'une femme assez robuste, l'oeil au beurre noir.

"S'il vous plaît, je vous en prie, demandez à Dave Wilson de venir jusqu'ici lorsqu'il arrivera. Je vous le jure, je ne vous ai pas menti," déclare Karen. L'officier fait juste un signe de la tête. Il verrouille la grille et s'éloigne. Karen s'affale sur le lit et plonge sa tête dans les mains.

 

Tôt dans la matinée :

"Alors, chères professionnelles, il paraît que l'une d'entre vous prétend être mon amie!" s'écrie un homme aux cheveux châtains et à la petite taille. Il marche le long des cellules.

"On pourrait être amis," répond de manière suggestive une rousse à l'allure vulgaire en s'approchant des barreaux de la cellule voisine de celle de Karen.

"Dave! Oh, merci Mon Dieu," s'exclame Karen en se levant d'un bond.

"Karen? Oh, Seigneur. Karen? Mais que faites-vous ici pour l'amour du ciel? Et pourquoi êtes-vous habillée comme une prostituée?" demande Dave, choqué. "Le sergent m'a dit qu'on vous avait arrêtée pour prostitution."

"C'est une longue histoire," répond-elle. "Croyez-moi, je ne suis pas une prostituée."

"Non, non, bien sûr que non. Laissez-moi vous sortir d'ici et allons discuter dans mon bureau."

Quelques minutes plus tard, Karen est assise dans une chaise confortable en face de Dave tout en savourant une tasse de café chaud.

"Maintenant, expliquez-moi comment diable vous avez pu atterrir ici," demande Dave en soupirant. Il prend place dans sa chaise.

"Je ne suis pas sure d'y arriver," dit Karen nerveusement, se rendant compte qu'elle est trop tendue pour rester assise. Elle se lève et commence à faire les cent pas dans la pièce. "Toute cette histoire a commencé de manière assez innocente. Mon amie Val et moi voulions sortir cette jeune fille du milieu de la prostitution. Elle nous a profondément touché parce que, en tant que mères de filles adolescentes, nous souhaitions faire quelque chose pour l'aider. C'est notre esprit d'aventurière qui parlait. Val a eu l'idée saugrenue de vouloir nous vêtir en prostituées afin de mieux infiltrer le milieu. Je pourrais peut-être plaider la folie passagère, mais sans savoir pourquoi, j'ai décidé de l'accompagner dans cette aventure."

"La folie passagère? Depuis combien de temps ça dure?" demande Dave visiblement déçu. Karen le regarde l'air penaud en jouant avec le presse-papier du bureau. Elle le soulève et le dépose sans arrêt, le regard vide.

"Quelques semaines. On a appris à connaître les autres filles et nous nous sommes mis sous la coupe d'un maquereau. Depuis le début, je savais qu'on prenait trop de risques mais Val était persuadée que ça valait la peine de sauver cette fille qui d'ailleurs ne manifestait pas un intérêt particulier à s'extirper de cette situation," explique Karen. Elle redépose le presse-papier sur le bureau et reprend sa tasse de café.

"Bon Dieu, Karen. Vous auriez pu vous faire tuer. Il ne faut jamais se mêler à ces gens-là," expose Dave.

"Je sais. Je sais. La nuit dernière, tout s'est précipité. Notre maquereau m'a envoyé faire le trottoir avec une fille prénommée Monica et un flic en mission m'a arrêtée. Le regard sur le visage de Monica m'a convaincu que ma couverture avait sautée."

"Comment s'appelle le proxénète?" demande-t-il.

"La B. Je ne connais même pas son prénom."

"Jamais entendu parler. Il faudra que je fasse des vérifications dans les dossiers 'Affaires de moeurs'," déclare-t-il en passant en revue le document d'arrestation de Karen. "Hmmm, j'ai entendu des rumeurs sur le flic qui vous a coffré. Il pourrait être dans le coup. Il faudra que je vérifie. Où est votre amie maintenant?"

"Je l'ai laissée chez La B la nuit passée. J'ai déjà essayé de l'appeler mais son portable est éteint ou hors réseau."

"D'accord. Bon, votre première priorité est de la retrouver et de s'assurer qu'elle va bien. Ensuite, une fois que c'est fait, le jeu est terminé. Vous devriez aller vous faire analyser! J'en ai rien à faire de vos bonnes intentions. Vous avez joué avec le feu et vous auriez pu vous brûler. C'est du joli."

"Je sais," soupire Karen en secouant la tête. Elle lève le regard et croise celui de Dave. "Quand je me suis lancée dans cette histoire, je n'allais pas bien, émotionnellement parlant. Mais la nuit dernière, j'ai compris la folie qu'on faisait. Maintenant, j'ai peut-être mis moi et toute ma famille en danger. Quelles pourraient être les conséquences de cette arrestation?"

"Et bien, je vais m'arranger pour que ce procès-verbal soit enterré. Personne ne saura jamais que vous êtes venue ici. De toute façon, vous avez utilisé un faux nom 'Abby'," déclare Dave en lisant le dossier.

"Il n'y a pas moyen que la presse le découvre? Cette histoire pourrait nuire à mes enfants si jamais elle sortait d'ici," ajoute Karen, horrifiée. "Et à Mack, aussi."

"Mack. Je me demandais quand vous alliez en parler," répond Dave d'un air sérieux. "Lui aussi a fait des choses insensées à une époque, mais je suis sûr qu'il ne vous aurait jamais approuvé. Il n'est pas au courant, n'est-ce pas?"

"Non," répond Karen. Dave secoue la tête. "Et s'il découvrait tout maintenant, ça le blesserait vraiment."

"Et bien, si je découvrais que ma femme risque sa vie dans la rue au milieu de la nuit, je serais quand même irrité."

"Peut-être vaut-il mieux ne rien lui dire," répond Karen calmement. "De plus, dès que j'aurai retrouvé Val, toute cette histoire sera terminée."

"Bien. Prenez ma carte," exige-t-il. Il lui tend une carte de visite professionnelle. "Si jamais elle a des ennuis, vous m'appelez et je fais venir une équipe en deux minutes, OK?"

"Merci, Dave. Merci pour tout. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans vous."

"N'en parlons plus," dit-il en souriant. Il serre la main de Karen.

"Ah oui, une dernière chose," demande-t-elle prudemment.

"Oui?"

"Vous n'allez rien dire à Mack, n'est-ce pas?"

"Ecoutez, je crois que c'est à vous de lui en parler, Karen. Ce n'est certainement pas mon rôle. En plus, croyez-vous vraiment que j'ai envie de dire à Mack, connaissant son tempérament d'Irlandais, que sa femme a été arrêtée pour prostitution hier soir?"

"Vous êtes gentil, Dave," dit Karen pleine de gratitude alors qu'elle se dirige vers la porte.

"Cependant..." il l'apostrophe. Elle se retourne.

"Oui?" demande-t-elle.

"Si jamais je vous reprends à ce petit jeu, notre pacte s'annule," prévient Dave.

"Marché conclu," répond-elle, avec approbation.

 

Les bureaux du Cabinet Reeve, Cain et Perry :

Michael entre dans son bureau et s'arrête net dans sa lancée. "Paige? Qu'est-ce que tu fais dans mon bureau? Et qu'est-ce que tu fais avec mes dossiers juridiques?"

"Je suis en train de les classer. Ce bureau est dans un tel désordre, et comme nous allons être à nouveau camarades de chambrée, je n'ai pas l'intention de vivre au milieu de ce fatras," lance Paige, le sourire serré.

"Camarades de chambrées? De quoi parles-tu? Qui t'a dit d'installer ton bureau ici?" demande Michael en essayant de récupérer ses vieux dossiers de la poubelle.

"Monsieur Perry. Il a dit que les assistants juridiques et les avocats novices n'ont pas besoin d'un bureau à eux. Nous allons donc devoir nous habituer à partager. Et moi, j'étais plantée là, assise et sans voix. Je n'ai même pas pensé à lui répondre quelque chose. J'ai pris mes affaires et j'ai déménagé mon bureau ici. Et tu crois que ce salaud a offert de m'aider à déplacer le bureau. Il m'a regardé faire pendant que je me dépatouillais. J'ai même filé mes bas, nom de Dieu!," raconte Paige, furieuse.

Michael essaie de voir le bon côté de la situation. Il se fait un devoir de ne pas tenir compte des commentaires de Monsieur Perry. Il a toujours eu l'habitude de travailler pour un patron contrairement à Paige qui a été habituée à commander, telle un chef suprême.

"Ne t'inquiète pas, Paige. Maintenant, tu pourras m'apporter mes dossiers plus rapidement puisque tu ne devras plus courir à travers les escaliers pour me rejoindre. Tu les auras tous à portée de main dès que j'en aurai besoin. J'aurais l'impression d'avoir une assistante personnelle." Michael lui lance un sourire à la fois diabolique et taquin.

"Tais-toi." répond Paige, irritée par la manière dont Monsieur Perry l'a traitée. En outre, elle a toujours en tête l'humiliation que lui ont fait subir Abby et Greg.

"Et bien, tu es rayonnante aujourd'hui! Tu ferais mieux de te requinquer, Miss Soleil. Maintenant qu'on va partager le même bureau, il va falloir sourire un peu plus. Je ne veux pas que tu fasses fuir mes clients!" ajoute Michael, souhaitant détendre l'atmosphère.

"Oui, La petite fille du Soleil. C'est moi!" réplique Paige d'un sourire faussement radieux.

"Ca va, si tu veux faire la tête toute la sainte journée, d'accord. Ne me laisse pas t'en empêcher. Mon courrier est arrivé?" demande Michael en fouillant son bureau.

"Aucune idée. Si ton bureau était plus ordonné, tu l'aurais déjà trouvé," répond Paige avec un demi-sourire. Après tout, partager un bureau avec Michael ne sera pas si terrible. Au moins je peux discuter avec quelqu'un tout en effectuant mes tâches ineptes chaque jour.

"Ah le voilà! Tu vois que ce bureau est ordonné, même s'il en a pas l'air," dit Michael en disposant quelques feuilles sur le côté.

Au moment où Michael ouvre la première enveloppe de son courrier, la sonnerie de son interphone retentit.

"Oui?" appelle-t-il.

"Un certain Monsieur Patrick Marshall est ici pour vous rencontrer," répond la réceptionniste.

Michael fait des efforts de mémoire afin de se souvenir de ce nom. Il n'arrive pas à mettre un visage sur le nom et suppose qu'il s'agit d'un nouveau client. Il remet rapidement en ordre son bureau et s'y installe dans une posture très professionnelle.

"Merci. Faites-le entrer," dit-il.

L'homme en complet costume entre dans le bureau. Paige continue ses travaux de classement en silence.

"Monsieur Michael Fairgate? Patrick Marshall. Je suis venu vous livrer ces documents juridiques et vous informer que Lori Fairgate a introduit une demande d'audience afin d'obtenir la garde de son enfant. Cette audience aura lieu la semaine prochaine. Vous êtes légalement tenu d'y assister. Si vous avez d'éventuelles questions à formuler, il est de votre droit de demander conseil à un avocat. Merci." Sur ces mots, l'homme s'apprête déjà à quitter la pièce après avoir déclamé son discours bien préparé.

Michael tient les documents dans sa main quelques instants en les observant. La réalité de la situation ne l'a pas encore frappé. Il dépose l'enveloppe calmement sur son bureau et ne dit mot.

"Michael? Ca va? " demande Paige en se dirigeant vers lui.

Sa voix ramène Michael à la réalité et tout à coup celui-ci est pris de panique. Il se lève et commence à marcher nerveusement dans le bureau.

"Oh, Mon Dieu. Qu'est-ce que j'ai fait? Je vais me retrouver au tribunal cette semaine et je vais devoir affronter ma femme, ma fille et tout le reste de ma famille ainsi que mes amis parce que tout va éclater au grand jour. Toute ma carrière va être anéantie. Oh, Mon Dieu. Qu'est-ce que je vais faire?" se demande Michael, complètement terrorisé.

Paige le prend par le bras. "Michael, assieds-toi s'il te plaît! Tu me donnes le vertige." Michael s'assied, trop énervé pour discuter avec Paige qui continue ses propos d'une voix calme. "Oui, ça va être difficile de voir tes secrets révélés sur la place publique. Mais souviens-toi que Karen et Mack vont te soutenir quoiqu'il arrive. Tu es le seul père qu'Holly aura jamais et homo ou hétéro elle t'aimera toujours. Moi je serai à tes côtés à chaque étape de ton épreuve."

"Je vais scandaliser toute notre famille! Tout le monde sera au courant de ça et ma vie sera étalée sous toutes ses facettes. Je vais entraîner dans cette histoire Maman, Mack, Meg, toi et tous ceux qui me sont proches. Je ne veux pas vous faire ce mal," déclare Michael. La pensée de sa famille présente dans la salle du tribunal au moment où son secret sera révélé le rend malade.

"Oh, Michael! Ecoute-toi un peu. Tu dramatises encore plus que Barbra Streisand en concert! Si le scandale absolu dans cette famille est que tu préfères les hommes aux femmes, alors nous voilà bien lotis. J'ai couché avec Greg Sumner! Tout ce que tu peux faire semblera bien pâle aux yeux de Mack et Karen en comparaison!" Paige lance ces paroles en essayant désespérément d'éclaircir l'humeur de Michael.

"Paige, c'est différent. Cette fois, ma vie est finie, j'en suis sûr. Je ne serai plus Michael Fairgate, le brillant jeune avocat à l'avenir prometteur mais Michael Fairgate, la pédale du village!"

"Michael, la meilleure chose à faire, c'est de rester rationnel. Tout d'abord, va voir Janice demain. Elle t'a dit qu'elle te défendrait. Elle t'aidera à envisager ce qu'il faut faire." La voix de Paige reste toujours aussi sereine.

"Ouais. Je vais au bureau de Mack et je lui explique pourquoi il faut que je voie Janice? Ouais... c'est très pratique!," lance Michael, lâchant ses frustrations sur Paige.

"Non, tu discuteras avec Janice pendant que je m'arrangerai pour sortir Mack du bureau. Lui et moi avons quelques petites choses à éclaircir de toute façon."

Michael se tait un instant, regarde le plafond et pense à la longue route qui l'attend.

"Je serai tellement seul. Livré à moi-même," dit Michael en mettant sa tête entre ses mains. Il respire profondément.

"Michael, lorsque j'étais au plus bas, après être revenue à Knots Landing et après qu'on m'ait pris la compagnie, je n'avais personne pour m'aider. Mais toi tu étais là. Tu m'a trouvé un emploi, tu as été l'épaule sur laquelle j'ai pu déverser mes larmes chaque fois que j'en avais besoin. Et tu m'as même hébergé après le tremblement de terre, je n'ai pas dû aller habiter à l'hôtel avec Mack et Karen. Tu étais là quand je n'avais personne d'autre sur qui compter. Maintenant, c'est à mon tour de t'aider. Je serai à tes côtés au tribunal à chaque pas que tu feras. Je te soutiendrai pendant toute cette épreuve, comme tu l'as fait pour moi. On s'en sortira." Paige déclare tous ces propos avec une réelle sincérité.

"Merci, Paige. Ca signifie beaucoup pour moi. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi en ce moment."

 

L'hôtel miteux - Quartier général de la mission clandestine de Karen et de Val :

"Val? Val, tu es là?" Karen appelle Val en pénétrant dans la chambre. Elle marche vers la table où une note a été déposée.

Karen :

J'espère que tu contrôles la situation de ton côté. Je suppose que oui puisque je n'ai pas de nouvelles de toi. Je serai un bout de temps au snack-bar, en espérant tomber sur Trixie.

Bisous Val

"J'espère que tu contrôles la situation... 'Je suppose que oui'," prononce Karen à haute voix en secouant la tête. "Non, Valene, je ne contrôle pas la situation. Mais il va bien falloir!"

Karen se retourne et se dirige d'un pas ferme vers la porte. Elle la claque derrière elle.

Quelques minutes plus tard, dans le restaurant en question, où toute cette aventure avait commencé quelques semaines plus tôt.

"Salut, Valene," lance Karen froidement à l'attention de Val qui est assise seule au comptoir.

"Abby, te voilà ma chérie! Je me demandais où tu avais disparu," s'exclame Val. Elle baisse tout à coup le ton de sa voix. "Ne m'appelle pas 'Val' ici."

"Non. Fini de jouer. J'avais besoin de toi hier soir et tu n'étais pas là. Cette mascarade est terminée," déclare Karen d'un air sévère. Elle s'assied près de Val.

"De quoi parles-tu? Que s'est-il passé?" demande Val, surprise.

"On m'a arrêté la nuit dernière! Je crois que La B et Monica m'ont tendu un piège."

"Quooooi? Pourquoi tu ne m'as pas appelée?"

"Je t'ai appelé. Mais ton portable était éteint. Encore une fois!"

"Mais je ne l'ai pas éteint," répond Val sur la défensive, visiblement ébranlée par le regard insistant et froid de Karen. "J'étais chez La B toute la nuit. J'ai pu finalement partir vers 4 heures du matin. Je leur ai inventé que je voulais ma rassasier un peu. Nadine a insisté pour venir avec moi alors je lui ai dit que je voulais passer d'abord à l'hôtel, histoire de me rafraîchir. Tu n'étais pas là et il n'y avait aucun message. J'en ai déduit que tu allais bien. Je suis ici depuis lors."

"Valene, on m' envoyé faire le trottoir! Je n'ai plus donné signe de vie de toute la nuit et tu en as déduit que j'allais bien?" déclare Karen de manière indignée.

"Je sais que tu es capable de te débrouiller. J'ai cru que tu m'appellerais si les choses tournaient mal. . Et comme tu ne m'as pas appelée j'ai cru que tout allait bien."

"Il n'y a rien qui fonctionne dans cette histoire, Val. Et maintenant, c'est terminé," répond Karen sur un ton autoritaire.

"Quoi? Mais Trixie? On n'a eu qu'une seule occasion de la rencontrer," argumente Val.

"Quelqu'un parle de moi?" lance Trixie au moment où Karen et Val se retournent, prises de surprise par la présence de Trixie, debout derrière elles.

 

Le Groupe Sumner :

Kate franchit les portes d'entrée du Groupe Sumner et saute dans l'ascenseur. J'espère que Brian n'est pas trop occupé. La situation est tendue entre nous depuis ce dîner avec Greg et je veux adoucir les choses.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur l'étage inférieur à celui des bureaux de direction. Elle passe devant les bureaux de la réception et frappe à la porte de Brian. "Entrez!" dit-il

Kate ouvre la porte et sourit, "Surprise!" lance-t-elle.

"Oh, Kate! Qu'est-ce que tu fais là? Un autre rendez-vous intime avec Oncle Greg?" demande-t-il sur le ton du sarcasme bien pensé.

"Non. Je suis venu demander la présence de mon séduisant époux pour un déjeuner privé." dit-elle.

"Et bien, quel homme pourrait résister? Le travail peut attendre. Sortons d'ici!" dit Brian. Il attrape sa femme par la taille et l'élance sur un demi-tour.

Kate virevolte avec plaisir et embrasse son mari. Bien, il est de bonne humeur. Aujourd'hui est un jour excellent pour tout mettre au clair.

Ils traversent la rue et se dirigent vers un petit restaurant italien. Ni l'un ni l'autre ne sont très bavard mais ils se tiennent la main et se comportent comme le jeune couple amoureux qu'ils sont, sans y ajouter aucune note dramatique. Tous leurs problèmes semblent s'être volatilisés pour l'instant. Une fois assis à table, Brian brise le silence et demande "Alors, où sont les enfants?"

Kate lui répond, "Et bien Mollie est allée chez une camarade de classe maternelle, et j'ai laissé Brandon avec Carlos. Tu sais combien Carlos aime les enfants! Il est tellement gentil avec Brandon."

"C'est bien. Je suis content que tu aies pu venir pour le déjeuner. C'était une chouette surprise. On ne s'est pas beaucoup vus tous les deux récemment," dit-il en pensant à la tension tacite qui s'est installée ces derniers temps et qui a placé une barrière entre eux.

"Je sais. Brian, les choses n'ont pas beaucoup changé depuis ce dîner avec Greg et je voulais --"

"Kate, je ne comprends pas pourquoi tu éprouves le besoin de toujours remettre Greg sur le tapis comme ça. Je sais ce qui s'est passé une fois que j'ai quitté le dîner. Tu as certainement poussé ce pauvre vieil homme à se confier sur ses sentiments les plus profonds. Ensuite, tu t'es convaincue que si Greg est à ce point malheureux dans la vie, c'est à cause de Meg et donc tu te sens le devoir de sauver Gary de ce même destin. Chérie, tes intentions sont nobles mais je suis désolé : je ne partage pas ton point de vue. Je suis le père de Mollie. Je l'aime et je la traite comme si elle était de mon propre sang. Pourquoi aurait-elle besoin d'un autre père?" demande Brian d'un air tel que toute autre approche du problème semble impossible à ses yeux.

"Brian, je sais que toute cette histoire t'exaspère, mais le fait est que tu n'es pas le père biologique de Mollie. J'aurais aimé que tu le sois, crois-moi... et tu ES merveilleux avec elle mais je dois également tenir compte de ce qui est mieux pour elle à long terme."

"Tout ce que je vois c'est que tu mets tout le monde en cage. Tu essaies de lire dans les pensées les plus intimes de Greg chaque fois que tu en as l'occasion. Tu racontes à Mollie des histoires traitant d'enfants adoptés au cas elle devrait comprendre ce concept un jour. Et tu demandes à Meg Mackenzie de faire du baby-sitting pour Mollie dès que tu le peux. Tu n'as jamais pensé à ce que je pouvais ressentir au milieu de tout ça!" La voix de Brian s'élève et il fait tout son possible pour que les décibels restent à un niveau décent.

"Brian, tu n'es pas l'unique personne concernée par cette situation! Je vois en Greg un homme qui souffre. Je vois une situation dans laquelle les mensonges ont été trop nombreux. Je pense à Gary qui doit ressentir la même douleur et je ne veux pas en être la responsable. Je suis sure que Meg souffre également dans cette histoire. Si l'honnêteté avait été de mise dès le début, les gens concernés souffriraient beaucoup moins aujourd'hui." Kate avance ses arguments en espérant que Brian voient les choses sous un autre angle.

"Et moi alors, dans tout ça? Comment vais-je faire pour que tout aille bien? Comment pourrais-je me regarder dans un miroir quand ma fille appellera un autre homme Papa?"

Kate est incapable de répondre. Ils mangent tous les deux leur repas en silence. Chacun des deux époux comprend à quel point ils semblent s'éloigner l'un de l'autre.

 

Le ranch Sumner :

Anne rentre d'un après-midi de shopping quand Carlos l'apostrophe avec un message.

"Madame Sumner, vous avez reçu un coup de téléphone lorsque vous étiez en ville."

"D'où?" demande Anne d'un air désintéressé, tout en parcourant son courrier.

"Le Salon Henri Lefavre. Vous devez appeler votre coiffeur, Giorgio, aussitôt que vous en aurez l'occasion. Le numéro qu'il a laissée est le 555-3862."

"Giorgio? Je ne vais pas chez Gio..." Oh, une seconde, c'est sûrement Nick. Il a découvert quelque chose, pense-t-elle. "Ah oui, attendez une minute! Je sais de quoi il s'agit. Mon Dieu, où ai-je la tête Carlos aujourd'hui?" marmonne Anne, comme si elle tentait de maquiller une sottise.

"Je n'en ai aucune idée, Madame Sumner."

Anne continue. "Oui, bien sûr. Giorgio était trop occupé la semaine dernière et je... Bien, je le rappelle. Ils ont dû recevoir mon shampooing australien à l'eucalyptus, spécialement conçu pour régénérer le cuir chevelu qui..." Elle cesse de discuter et se dirige vers la chambre à coucher. A peine arrivée, elle jette ses paquets sur le lit et prend le téléphone afin de composer un numéro.

Une voix à l'accent français exagérément prononcé répond. "Bonjour, vous êtes bien au Salon Henri --"

"Te fatigue pas, Nick," interrompt Anne.

"Ana," Nick laisse tomber son accent artificiel, "J'ai des mauvaises nouvelles."

"Quoi?!" crie Anne. Nick lui raconte qu'il a pratiquement passé toute la nuit à reconstituer les différents morceaux de papier déchirés pour finalement découvrir qu'il ne s'agissait en fait que de vieilles notes de laboratoire du Docteur Jacobs, écrites dix ans plus tôt.

"Mais pourquoi les a-t-il déchirées alors?" interroge Anne.

"Je n'en ai aucune idée. Elles ont l'air fort complexe. Il a peut-être fait une découverte capitale dans son domaine et ne voulait pas qu'elle soit divulguée. Qui sait? Ces scientifiques sont un peu bizarres dans leur genre."

"Alors, et nous dans tout ça?" vitupère Anne.

"Ecoute, Ana, je suis vraiment désolé mais notre collaboration s'achève ici. J'ai cru honnêtement qu'on aurait pu arriver à nos fins. Hé, qui sait, peut-être qu'on fera encore équipe tous les deux sur une autre affaire un des ces quatre. Je... Je déteste partir de cette manière mais j'ai des affaires qui m'attendent en Europe et il faut que je parte dans quelques heures." Bon sang, pas un traître mot de ce que je raconte n'est vrai mais j'espère qu'elle va tout gober et me laisser tranquille, pense Nick. Il est hésitant.

"Bon, et bien, Nick..." reprend Anne d'un ton agréable mais sans chaleur, "Je crois que tu connais le dicton : parfois les feuilles ne tombent pas là où l'on aurait espéré."

"Amen," ajoute Nick.

"Oh, j'entends Carlos arriver. Il faut que j'y aille. Prends soin de ton ecchymose affreuse sur le front. Je t'ordonne d'aller voir un bon spécialiste esthétique européen dans un centre de santé renommé, ordre du médecin!" ajoute Anne sincèrement.

"Ca ira, Madame," rétorque Nick. Ils s'échangent un dernier au revoir et raccrochent tous les deux.

Nick est assis sur le lit de sa chambre de motel. Il tient dans ses mains les documents qu'il a trouvés dans la pièce secrète et qu'il a complètement reconstitués. Ces documents sont loin d'être sans valeur dans la recherche du coffre. Il éprouve une once de remords pour avoir trompé Anne. Cependant, son sentiment de tristesse s'évanouit très vite à la pensée de la grosse récompense qui l'attend une fois qu'il aura dûment rapporté le coffre à son bénéficiaire.

Paradoxalement, un sourire de satisfaction transparaît sur le visage lourdement maquillé d'Anne. Elle repense à la conversation avec Nick et sourit. Elle se retient pour ne pas éclater de rire. Elle secoue la tête avec un nouveau sourire et se dit à haute voix, "Oh Nick, quand donc apprendras-tu?"

 

Le snack-bar :

"Hé, ma chérie, comment ça va?" demande Val chaleureusement, habillée de la tête aux pieds style 'Verna'.

"Je vais bien," répond Trixie, assise à ses côtés. Elle allume une cigarette. Elle regarde prudemment aux alentours la salle et se retourne ensuite vers Karen et Val. "D'accord, écoutez. Je ne sais pas pourquoi je vous dis ça. Je suppose que je ne veux voir personne de blessé. La B sait qui vous êtes."

"J'avais compris qu'il est au courant," répond Karen, en secouant la tête. "J'ai été arrêtée la nuit dernière."

"Je ne comprends pas," reprend Trixie, manipulant nerveusement un sucrier. "Je me souviens que je regardais votre émission quand j'étais gosse. Vous avez tout ce que vous voulez! Pourquoi vous prostituer?"

"On l'a fait pour toi," interrompt Val avant que Karen ne puisse répondre. Trixie se retourne dans sa direction. Elle remarque que son accent vulgaire a disparu. Val n'est plus dans la peau de Verna. "Je ne m'appelle pas Verna. Mon nom est Val Ewing et voici ma meilleure amie, Karen. Nous sommes des femmes aisées. Nous sommes mères de famille, nous adorons nos enfants et nos vies sont merveilleuses. Un soir, on t'a vue dans la rue et on n'a pas pu t'oublier. Tu m'as touchée, toi, la petite fille effrayée qui essayait de jouer les femmes adultes et qui vit une existence qu'aucune femme ou fille au monde ne devrait avoir à subir."

"Vous ne savez rien de moi," répond Trixie amèrement.

"Je sais une chose," réplique Val. "Ce n'est pas la vie dont tu rêvais. Ce n'est pas à ce genre de vie que tu pensais quand tu étais petite. Quand j'avais ton âge, je pensais avoir réalisé le rêve parfait. J'avais un garçon qui m'aimait et une merveilleuse petite fille. On m'a tout enlevé. Ma chérie, j'ai appris qu'on ne peut pas s'épanouir dans la souffrance. Tu ne dois pas avoir honte à demander de l'aide ou à admettre que tu as fait de mauvais choix. Reconnaître ses erreurs, ça ne rend pas faible. Au contraire, ça rend fort."

Pendant que Trixie écoute les paroles de Val, Karen observe son amie qui parle et qui est comme une soeur pour elle. La meilleure amie qu'elle ait jamais eue et qui l'a accompagné dans toutes les épreuves qui ont jalonné sa vie et que peu de gens auraient pu surmonter. Un sentiment de culpabilité envahit Karen pour avoir réprimandé Val au sujet de son manque d'intérêt à son égard la nuit dernière et pour son manque de recul dans toute cette affaire. Les seules intentions de Val étaient d'arracher la jeune femme à des souffrances que Val elle-même a subies lorsqu'elle n'était qu'une adolescente.

"Alors, qu'est-ce que allez faire pour moi?" demande Trixie avec encore une pointe de méfiance dans la voix.

"Je suis romancière et je veux écrire un livre sur ce genre de vie et sur ce qui amène certaines femmes à se prostituer. Je veux que tu sois ma source d'inspiration. En échange, je te fournis un appartement et je te donne un pourcentage sur les bénéfices du livre," explique Val.

"Et pourquoi je devrais vous croire davantage que les promesses de La B?" demande Trixie.

"Je ne peux pas répondre à cette question, ma chérie. Il n'y a que toi qui peux décider du genre de vie que tu veux mener," répond Val tout en passant en revue la salle. Trixie l'accompagne dans ses regards et observe l'assortiment de prostituées fatiguées, de dealers et autres vies malheureuses qui peuplent ce restaurant.

"Je m'appelle Sarah," dit tout doucement Trixie. Karen et Val sourient en retour. "J'ai juste une question supplémentaire. Si toutes les deux vous vouliez m'aider aussi sincèrement, pourquoi diable vous embarquer dans cette histoire de fous? Il suffisait de m'en parler, vous savez!"

 

Le ranch Sumner :

Carlos tend le téléphone à Anne qui est en plein pillage de ses armoires. Aux yeux d'une personne normalement constituée, Anne donne l'impression de s'apprêter à ouvrir sa propre filiale vestimentaire de la chaîne Sak's ou Nordstrom's. En réalité, elle s'adonne à son rite printanier annuel qui consiste à épurer les placards, c'est-à-dire à envoyer au rebut les vêtements de la saison dernière pour les remplacer progressivement par de nouvelles acquisitions 'matérielles'.

"Madame Sumner," interrompt Carlos, "Monsieur Sumner désire vous parler. Il est en ligne."

"Muchas gracias, Carlos," répond Anne en lui prenant le téléphone.

"Greg!" s'exclame Anne toute guillerette dans le combiné. "Alors, que fais-tu pour l'instant? Tu mets en faillite quelques institutions multinationales gigantesques? Tu transformes certains marchés commerciaux mondiaux en désastre financier?"

"Désolé de te décevoir, Annie, mais pour l'instant j'utilise mes infinies ressources financières et mon habileté de capitaine d'industrie rusé pour la bonne cause. Enfin, pour la bonne cause du Groupe Sumner, j'entends."

"Oh, et bien, éclaire ma lanterne quant à la nature de tes faits vaillants et glorieux, Robin des Bois," ironise Anne.

"Je me souviens que tu avais parlé de ta petite comtesse qui squattait l'Hôtel Almsley. Et bien, il se trouve que je songe à étendre les holdings du groupe Sumner de manière à englober un portefeuille de grands hôtels. Je crois que ce serait une bonne affaire. Et si cet hôtel convient aux goûts d'une comtesse ou, plus honnêtement, à ton goût, alors je crois qu'il s'agit là d'un bon point de départ."

"Et bien, je prends l'argument du goût comme un compliment," ajoute Anne tout en essayant de cacher sa nervosité concernant ce sujet. Elle pense : Mon Dieu, pourquoi met-il ça sur le tapis? Je ne crois pas un seul mot à son histoire d'investissement. Il a quelque chose derrière la tête. Il faut que je coupe court à la conversation. "Ecoute, amuse-toi bien, si je peux appeler ça de l'amusement. En ce qui me concerne, c'est l'heure du sauna. Y avait-il une raison particulière à ton coup de téléphone ou bien avais-tu seulement besoin de mes conseils d'experte en investissements immobiliers?" demande-t-elle alors qu'elle a hâte de mettre un terme à cette conversation.

"Anne," continue Greg sur un ton volubile, et ne tenant pas compte de la question de sa femme. "Grâce à la technologie, il est très facile d'obtenir ce qu'on veut. J'ai donc décidé de m'introduire dans le programme informatique des réservations de l'Hôtel Almsley pour jeter un oeil sur cette clientèle chic."

Oh, Mon Dieu, voilà où il veut en venir! pense Anne.

"Ce qui est drôle," continue-t-il, "c'est qu'il n'ont enregistré personne au nom de ton amie récemment." Anne doit trouver une réplique rapidement.

A l'extérieur du bureau de Greg, Kate arrive. Je dispose de quelques heures avant de rentrer à la maison. Je peux bien passer chez Greg et voir comment il va. Il avait vraiment l'air abattu l'autre soir au dîner.

Elle s'arrête devant le bureau d'Abby et observe la pièce avec une pointe de tristesse. J'aimerais bien que ce soit encore le bureau de Paige. Elle le merite mieux que ma tigresse de belle-mère.

Alors qu'elle s'avance en ne lâchant pas du regard ce bureau, elle évite Mort de justesse. "Excusez-moi!" dit-elle poliment.

"Et bien, et bien, et bien, voilà la fille préférée de Greg! On ne vous voit plus beaucoup de ces temps-ci." Il la regarde de haut en bas et se met à sourire.

"Et bien, j'allais justement voir Oncle Greg. Content de vous avoir revu, Mort," dit Kate en tentant de s'éloigner de manière gracieuse. Elle se sent mal à l'aise face aux allusions malveillantes de Mort.

"Hé, comment va votre copine blonde? Ca me manque de ne plus la voir ici tous les jours. C'était un soulagement pour mes yeux endoloris le lundi matin. Ca marche son petit job de secrétaire?" demande Mort, sarcastique.

"Paige se porte bien. Je lui dirai que vous avez demandé de ses nouvelles. Bonne journée, Mort," répond Kate rapidement en s'éloignant.

Quelle plaie! Je ne comprends pas pourquoi Greg le garde.

Greg et Anne sont toujours au téléphone et continuent leur conversation :

"Evidemment qu'ils n'ont eu personne à son nom," lance Anne comme si cette réplique coulait de source. "Quelle personne d'ascendance royale irait se présenter dans un hôtel sous son vrai nom? Elle a certainement usé de ce subterfuge. Je crois que Constance était inscrite sous un nom d'emprunt. C'est la seule manière intelligente d'agir."

Avec cette explication, Anne essaie désespérément de trouver une façon de couper court à ces propos inhabituels. Heureusement pour elle, Kate entre dans le bureau de Greg à ce moment précis et Greg se voit dans l'obligation d'interrompre son interrogatoire et de mettre un terme à leur discussion.

"Ecoute, Annie, Kate vient d'entrer et je dois te laisser. La vraie raison de mon appel est que nous sommes invités à la petite réception annuelle de Edward Danforth à Monterey, le 23. Je voulais savoir si cette date te convenait. Tu sais bien que ces réceptions mondaines ne sont pas ma tasse de thé, mais il..."

"Oh, c'est parfait," répond Anne d'une voix douce avant de raccrocher brusquement.

"Katie! Entre donc!" sourit Greg.

Kate se précipite dans le bureau. Une discussion avec Greg lui remettra les idées en place après son déjeuner désastreux avec Brian.

"Salut, Oncle Greg!" lui lance Kate en l'embrassant sur la joue.

"Hé, c'est gentil! Comment va la vie?"

"Pas trop mal, Oncle Greg. J'avais quelques heures à moi aujourd'hui. Donc, j'ai décidé de passer te voir. Carlos s'occupe de Brandon et Mollie est chez une de ses petites amies," ajoute Kate.

"Ca m'étonne que tu veuilles passer ton temps libre avec un vieux bonhomme comme moi. Surtout après mon comportement misérable de la dernière fois. Je suis vraiment désolé, ma chérie!" dit Greg, apparemment embarrassé.

"Ne sois pas stupide! Tu sais bien que j'aime discuter avec toi. J'espère seulement ne pas être trop indiscrète," répond Kate en pensant au commentaire de Brian concernant sa manière de fouiner dans la vie privée des gens.

"Non. Ne t'inquiète pas. Tout va bien. Alors, quoi de neuf dans ta vie?" demande-t-il, essayant de changer de sujet.

"Et bien, je n'ai pas eu le temps de faire grand chose récemment. Je suis tellement occupée avec les enfants. Je me sens mal à l'aise de me comporter comme une étrangère avec tout le monde ces derniers temps," répond Kate.

"Tu as vu Paige ?" demande Greg prudemment. Il se demande si Kate est au courant de l'incident qui les a opposé l'autre jour.

"Non. J'ai honte de ne pas lui avoir téléphoné depuis une semaine! Je suis une amie indigne," dit Kate se rendant compte du laps de temps écoulé.

"Ouais. Ecoute, quand tu lui parleras, tu voudras bien lui transmettre un message de ma part? Dis-lui que je suis désolé pour l'autre jour," annonce Greg en regardant par la fenêtre.

"Désolé? De quoi?" demande Kate.

"Hum, on a eu une petite altercation au bureau il y a quelques temps. Je me suis mal comporté. J'ai été trop dur avec elle," rétorque Greg, les yeux toujours rivés vers la fenêtre.

"Pourquoi tu t'es mal comporté envers elle, Oncle Greg?" demande Kate, inquiète de la réponse.

"Et bien, elle était ici, en train de se disputer avec Abby. Et elle se ridiculisait en courant d'un bout à l'autre du bureau. Elle hurlait qu'elle reprendrait sa compagnie. Alors quand je les ai entendues toutes les deux en train de se crêper le chignon, je suis intervenu et j'y ai mis un terme," explique Greg.

"Grâce à Dieu!" dit Kate. "Abby l'aurait probablement réduite en morceaux."

"En fait, j'étais fier de Paige. Je l'ai entendue en arrivant du hall. Elle lui a envoyé quelques jolis coups. Si je n'étais pas intervenu, Abby aurait remporté la partie, mais pendant quelques instants, Paige a bien joué. Tu aurais dû l'entendre appeler Abby la grosse. J'ai cru qu'elles allaient mourir toutes les deux d'asphyxie à cause de la fumée qui sortait des oreilles d'Abby!"

"Tant mieux pour Paige. Elle sait tenir tête," ajoute Kate avec un sourire.

"Oui, elle est forte, mais personne ne bat Abby à son propre jeu. Toujours est-il que lorsque je suis arrivé, Abby a dit qu'elle était sur le point de partir, non sans avoir lancé à Paige quelques allusions sur son ascension au sein de cette entreprise, qui était due uniquement à sa relation avec moi. Je sais que ces commentaires ont vraiment blessé Paige. Et, entre nous, ils sont faux. Paige avait vraiment fait du bon boulot au Groupe Sumner. Ses autres talents... et bien disons que c'était un bonus."

"Et qu'est-ce que tu lui as dit après le départ d'Abby?" demande Kate, en évitant toute référence aux relations sexuelles que Paige et Greg ont eues. C'est une situation qu'elle a acceptée même si elle n'est jamais très à l'aise à cette idée.

"Et bien j'ai essayé de lui expliquer. Je lui ai dit qu'elle était moins expérimentée qu'Abby dans le domaine des insultes. Mais elle n'a plus voulu entendre mes compliments. Elle m'a rappelé que nous ne sommes plus dans le même camp aujourd'hui et que je ne suis pas son allié. Je ne sais pas ce qui s'est passé mais un commentaire en entraînant un autre, j'ai complètement démoli cette pauvre enfant. Je lui ai même tendu un billet de 100 dollars à la fin en lui disant que c'était un pourboire. Elle a gardé la face mais je sais que ça l'a blessée."

Kate se tait, partagée entre ses sentiments de dégoût face au comportement de son oncle envers Paige et ses sentiments de tristesse parce qu'il éprouve des remords sincères.

"Ecoute, Oncle Greg, je ne sais pas quoi dire. Je ne crois pas que tu puisses lui envoyer tes excuses par l'intermédiaire de quelqu'un. Je pense que tu dois lui parler de vive voix. Voilà ce que je peux faire. Je vais passer chez elle demain et je verrai comment elle va. Elle est certainement énervée. Elle pense beaucoup à toi, quoiqu'elle en dise. Cette histoire a dû la toucher profondément."

"Ouais. Je ne sais pas pourquoi j'ai laissé Abster m'influencer comme ça. J'aime bien Paige. C'est une brave fille," dit Greg en se retournant vers Kate.

"Wouah, je n'aimerais pas voir comment tu traites tes ennemis alors!" répond Kate avec un sourire. Elle sait que son oncle est mal à l'aise concernant son attitude et elle souhaite améliorer son humeur.

"Et tes petits bouts, comment se portent-ils? Chaque fois que je rentre, ils sont déjà au lit!" demande Greg rapidement afin de changer de sujet.

"Ils vont bien. Mollie t'attend chaque soir pour te montrer qu'elle sait écrire son prénom comme une grande mais elle s'endort sur le divan et Brian la met au lit. Quant à Brandon... il a son petit caractère maintenant. Il commence à montrer des traits de famille bien affirmés!"

"Un trait du vieux patriarche Sumner, hein?" dit Greg à demi-voix.

Kate perçoit la solitude de son oncle dans ses yeux et met sa main sur son épaule. "Tu seras à la maison samedi soir? J'ai demandé à Meg de venir garder les enfants. Brian et moi sommes de sortie."

Greg serre les lèvres et secoue la tête. Il se remet face à la fenêtre. "J'ai vu Meg l'autre jour. J'étais dans Cedar Street. Elle faisait du roller avec les jumeaux Ewing. J'ai ralenti, j'ai cru que j'aurais pu lui dire un petit bonjour. Elle s'est retournée et m'a aperçue. Elle a souri et m'a fait signe de la main. Ce sourire, c'est comme si je voyais sa mère. Je n'ai pas pu lui parler. Ca me fait trop mal quand je pense qu'elle ne connaîtra jamais la femme merveilleuse qui lui donné toute sa beauté. Je ne parle pas que des cheveux roux. Je pense à sa douceur. Laura avait un sourire qui pouvait irradier une pièce entière. Meg l'a aussi. Tu sais, j'aurais pu avoir ce sourire tous les jours chez moi. Il aurait illuminer chaque pièce du ranch. Mais je l'ai abandonnée. La seule fois de ma vie où j'ai complètement échoué."

Greg s'interrompt et Kate espère qu'il ne va pas se retourner et voir les larmes qui coulent sur ses joues. La douleur perceptible dans la voix de Greg l'a profondément émue et ses pensées se bousculent en pensant à Greg, Brian et Gary. Elle essaie de parler mais ne fait pas confiance à la force de sa voix.

"Prends bien soin de tes bébés, Katie. Ne rate pas un seul moment de leur vie et sois toujours honnête avec eux. Si seulement..." Les paroles de Greg cessent tout à coup. Kate le regarde et aperçoit une larme sur sa joue gauche.

Toujours être honnête avec eux. Je dois être honnête avec Mollie. Je lui dois ça, et à Gary aussi.

La voix de Greg ramène Kate sur Terre. "Et lorsque tu as trouvé l'amour de ta vie, ne le laisse pas te filer entre les doigts."

Kate est silencieuse et se demande si cette dernière phrase est une référence à Laura ou à Paige. Elle aimerait poser des millions de questions à son oncle mais elle est bien consciente qu'il ne pourra pas y faire face maintenant. Pauvre Oncle Greg. Il n'est plus tout jeune et il est si seul. J'aimerais pouvoir faire plus pour lui.

Kate essuie les larmes de son visage au moment où Greg se retourne et la prend par le bras. "Désolé, ma petite. Je crois que je me suis encore laissé aller. Ne dis à personne que je peux éprouver de vrais sentiments, d'accord? J'ai une réputation à maintenir ici, tu sais," dit-il avec un sourire forcé.

"Non," répond Kate, lui rendant le sourire. "C'est notre secret."

"Maintenant tu sors d'ici! Va voir les gens heureux. Tu n'as pas besoin d'un vieil homme misérable qui te met le moral à zéro!"

"Je suis partante à tout moment pour le vieil homme misérable! Crois-moi, tu aurais dû voir sur qui je suis tombé en venant dans ton bureau. Tu pourrais peut-être dire à Mort de ne pas agresser visuellement tous les visiteurs. Ca pourrait effrayer les clients potentiels." Kate est contente d'avoir retrouvé sa bonne humeur.

"Ce sombre idiot!" s'exclame Greg, le regard diabolique. ll presse le bouton de son interphone. "Hé, Mortsky! Venez ici!"

Kate pouffe de rire. "Envoie-le au diable, Oncle Greg," dit-elle, en lui donnant un baiser pour le saluer.

"Tu peux partir. Sors d'ici si tu ne veux pas assister à un scène terrible entre moi et Mortsky!"

Kate s'en va en souriant intérieurement. Si seulement le reste du monde pouvait voir ce côté-là de la personnalité de son oncle. Il faut que j'aille chez Paige pour recoller les morceaux entre elle et Greg. Entre-temps, retour en zone de combat, pense-t-elle en rentrant chez elle.

 

A l'autre extrémité de l'étage de direction du Groupe Sumner :

Jack Ewing est sur le pas de la porte de son bureau. "Jill, de quoi ai-je l'air?" demande-t-il à la secrétaire qu'il partage avec Abby.

La joli brune aux cheveux bouclés ("Encore une ancienne petite amie de Mort," lui avait expliqué Abby) regarde son patron de haut en bas. Pas mal, pense-t-elle. Elle sourit et le taquine "Vous êtes une bombe."

"Merci!" répond Jack l'air sarcastique. Il n'est pas encore très habitué à son nouveau look : un manteau sport kaki, des bottines de marche et une chemise boutonnée jusqu'au col. Au moins, il a pu convaincre Lydia de ne pas porter de cravate. "Sauf pour les dîners d'affaires," avait-elle ajouté.

Jill ricane. "Monsieur Ewing, vous savez bien que vous êtes parfait! Fin prêt pour la réunion avec les grosses pointures?" Elle fait allusion à la conférence hebdomadaire de l'équipe de direction que Jack a pu réussir à éviter jusqu'à présent. Mais cette fois il n'y a pas de sortie shopping, ou de séance photos ou encore de réunion pour mettre au point une stratégie médiatique. Non, il doit être un vrai cadre supérieur.

"Je n'ai jamais été aussi prêt de toute ma vie," répond Jack nerveusement.

"Alors vous ferez mieux d'aller dans la salle de conférence. Vous avez cinq minutes de retard."

"Merci de l'information, JILL!" dit Jack fermement au moment où il presse le pas.

"Mais je ne savais pas que vous y assistiez!" lance Jill. "Après tout, il y a une super promotion d'un jour aux Urban Oufitters (1) aujourd'hui!"

Au moment où Jack pénètre dans la salle de conférence, tous les regards se braquent sur lui. "Jackson!" s'exclame Greg chaleureusement. "Bienvenu dans la jungle! Prends un siège. On ne mord pas. On va peut-être se lancer quelques objets à la figure, mais pas de morsures." Les membres du conseil de direction lui sourient et Jack s'installe dans le siège vide aux côtés d'Abby.

"Justement, on était en train de parler de toi," ajoute Greg. J'ai vu les épreuves de la séance photos. Du bon boulot, Jack! Et vous aussi, Lydia!"

"Abby a été d'une aide précieuse pour... calmer les choses," répond Lydia.

Greg se retourne vers Abby d'un ton surpris et moqueur, "Le calme est rarement l'effet que tu produis chez tes semblables."

Abby sourit, "Je sais calmer les choses quand le calme est de rigueur."

"Lydia, sommes-nous prêts pour notre première conférence de presse, croyez-vous?" Greg observe sa directrice de communication d'un air impatient pendant que Jack déglutit nerveusement.

"J'aimerais commencer par une interview, Greg, avant une conférence de presse complète. Le 'Knots Landing Register' a manifesté son intérêt pour un article dans son édition de dimanche."

"Excellent!" Greg rayonne. "Foncez, Mademoiselle Gutierrez! Maintenant, Mortsky, quelles sont vos opérations en ce moment, et je ne parle pas des femmes," ajoute-t-il rapidement. Lydia sourit à la plaisanterie de Greg.

Mort se redresse sur sa chaise. "Le yacht du Groupe Sumner est doté d'un personnel au complet et j'ai conçu une liste de sorte que nous ne réservions pas le même week-end --"

"Hé, Mort, doucement!" l'interrompt Greg. "Ce n'est pas la croisière s'amuse! Je ne dépense pas les dollars de ma compagnie pour que nous passions du bon temps à faire des croisières. JE déciderai qui pourra profiter du yacht... et quand. Ca constituera un bon stimulant d'avoir ce bonus et j'obtiendrai un travail plus substantiel de la part de clowns comme vous!"

Les membres du conseil de direction se regardent. Ils sont habitués aux railleries de Greg.

"Bob, mon ami, nous allons pouvoir faire un petit somme rapide maintenant. Pourquoi vous ne nous présentez pas une mise à jour financière?" Abby et Mort pouffent à la remarque de Greg.

"Monsieur Sumner, mon rapport sera assez court aujourd'hui..." commence Bob.

"Ca, c'est une première!" s'exclame Greg. "Jack, crois-moi, tu t'en tires facilement pour ta première réunion."

"Blondie, tu as toute mon estime, tu as toujours su comment faire marcher une affaire. Et Peterson m'a appelé pour me dire combien il était ravi de ta collaboration et de tes projets commerciaux en ce qui le concerne. Donc, je crois que toi et notre nouveau visage du Groupe Sumner avez mérité le droit de profiter du yacht pour une petite escapade."

"Merci, Greg," répond Abby humblement. "Je vais vomir," dit Mort à demi-voix. Lydia lui jette une regard empreint de surprise.

"Qu'y a-t-il Mortsky?" l'apostrophe Greg. "Je n'ai pas compris."

"J'ai un point dont il faut discuter, Monsieur!" dit Mort d'une voix plus élevée. Il s'adresse à Tim Murphy, l'avocat aux cheveux gris et aux rides prononcées qui dirige le département juridique du Groupe Sumner. "Vous serez heureux d'entendre, Tim, que Harvey Gellman vient de signer son contrat d'engagement. Il commencera le premier du mois prochain."

"C'est magnifique!" répond Tim qui se retourne vers Greg. "Un vrai génie de la Faculté de droit de Harvard. Nous avons pas mal négocié mais sommes heureux de l'avoir parmi nous."

"Je me souviens d'Harvey!" s'exclame Abby. "Il a travaillé comme coursier avant de partir pour la fac, n'est-ce pas?"

"C'est exact," dit Mort. Je travaille ici depuis des années, pense-t-il, et moi aussi j'ai suivi des cours de droit le soir, mais apparemment tout le monde l'a oublié.

"Vous savez, ça c'est une histoire géniale," ajoute Lydia. "Los Angeles Magazine consacre des articles sur les jeunes employés des entreprises de la région. Ce sera positif pour l'image du Groupe Sumner de leur proposer de parler d'Harvey. Le coursier qui est devenu avocat diplômé d'Harvard."

"J'adore ça!" Greg gratte de son doigt sa lèvre supérieure, un geste habituel chez lui qui traduit une état de réflexion. "Ajoutons-y aussi Brian Cunningham dans l'article. Ca l'aidera à nous amener de nouveaux clients si son profil est médiatisé quelque peu."

"Harvey dispose d'une liste de contacts conséquente qu'il a constituée pendant ses études. Il nous a dit qu'il s'agissait là de nouveaux clients potentiels pour le Groupe," ajoute Tim.

"J'aimerais une copie de cette liste," dit Abby "Je dirai à Brian de l'étudier tout de suite et de rencontrer Harvey afin d'établir des stratégies d'approche."

"C'est ce que j'aime voir. Un travail d'équipe!" Greg se lève. "Autre chose avant que nous partions?"

"Oui," répond Abby. "Quel cabinet d'avocats parmi ceux que nous utilisons dispose du meilleur juriste en matière de divorce, Tim?"

Quelques secondes de surprise et d'étonnement s'installent et Jack regarde rapidement sa femme.

Greg regarde Abby et Jack "Vous allez déjà divorcer vous deux? Ne me dites pas ça! Abby, tu es restée MON épouse bien plus longtemps que ça. Alors... - Tu as perdu ton sens de la répartie?"

"Non, Greg, mon 'sens de la répartie' ne s'est jamais aussi bien porté. Il ne s'agit pas de moi!" Abby prend les mains de Jack et les unit aux siennes. "J'ai une... connaissance... qui veut divorcer."

"Mabel Sampson est la meilleure," dit Tim d'une voix assurée. "Elle jouit de la meilleure réputation en ville."

"Je n'ai jamais entendu parler d'elle. Et que diriez-vous de Bennett Thompson? Que savez-vous de lui?" s'enquiert Abby.

"Jamais entendu parler Madame Ewing mais je serais heureux de me renseigner à son sujet dès que je serai dans mon bureau. A une lointaine époque, lorsque Galveston tirait les ficelles, une conférence comme celle-ci ne serait jamais terminée par un service personnel."

"Bonne remarque," lance Greg au moment il se lève pour sortir.

Tim note la requête. Tout le monde se lève et quitte la salle de conférence en suivant Greg.

Jack retient Abby avant qu'elle ne sorte et attend que les autres soient partis. "Ne me fais plus jamais une peur pareille," gronde-t-il dans un murmure, "la réunion faisait déjà assez peur comme ça." Abby l'embrasse. "Ne t'inquiète pas, mon chéri. Un divorce est la dernière carte à jouer pour le nouveau visage du Groupe Sumner."

Jill est debout près de son bureau. Jack s'approche d'elle. "Alors, comment ça s'est passé? Vous les avez tous éblouis avec votre ... garde-robe?"

"J'avais plutôt décidé de la jouer calme et cool pour ma première réunion," répond Jack. "Je ne voulais pas les accabler."

"Vous n'avez pas su en placer une, hein?" Jill sourit.

"Jill... Allez déjeuner!" Jack s'engouffre dans son bureau pendant que Jill éclate de rire.

 

Quelques heures plus tard :

Sur le nouveau yacht du Groupe Sumner, Nick savoure un agréable moment de vie. A un mile au large des côtes, sur les eaux sereines du Pacifique, il est assis dans un grand transat. Il sirote un verre de vin blanc et déguste un assortiment de fruits frais tout en discutant avec son employeur entre deux bouchées prises à la hâte.

"Alors, quelle est la 'grande nouvelle' dont vous vous vantiez avec tant d'ardeur, Nick?" lui demande son interlocuteur.

"Hum," Nick montre du doigt son attaché-case alors qu'il avale les dernières bouchées de fraises et de crème fraîche. "J'ai précisément tout ici, et ça vaut son pesant d'or!"

"Et bien, espérons que ce ne soit pas du toc!" insiste la personne avec une légère attaque à l'attention de Nick.

Nick lance un regard de dégoût et de défiance mais néanmoins soumis à l'individu vers qui il tend les précieux documents qu'il a découverts. La personne considère avec intérêt le butin pendant que Nick reste bouche bée au milieu de cette atmosphère opulente. Il a toujours rêvé de posséder un tel apparat. Malheureusement, sa vie de nomade et de petit escroc ne lui a jamais permis de s'offrir le luxe de transformer ces rêves en réalité. Malgré tout, il se dit que si jamais un jour il était capable d'acquérir un yacht, il serait exactement comme celui du Groupe Sumner. Un étalage de richesses sans faille, un ameublement disposé à la perfection, un gigantesque jacuzzi sur le pont...

Au même moment :

Dans un pièce inconnue et sombre, un homme visible de dos manipule des outils sur quelque chose qui semble être un prototype ou une machine. Claudia, Claudia, Claudia, pense l'homme. Comment as-tu pu croire que tu pouvais mourir et me laisser courir à la ruine à cause de ton manque de précautions! Maintenant, tu m'obliges à prendre des mesures radicales. En se rapprochant de cet homme encore non identifiable, on peut observer qu'il porte une combinaison de couleur blanche, semblable à celle qu'un médecin porterait.

 

Sur le yacht :

"Alors, comme ça, vous avez mis le doigt sur le circuit de conférences de ce cher Docteur Jacobs. Et bien, Nick on dirait que vous allez devoir jouer aux 'empêcheurs de voyager en rond'. Si cet itinéraire est exact, il sera à Buenos Aires en Argentine pour un séjour d'une semaine à dater de demain. Et --"

Nick l'interrompt. "Et vous voulez que --"

Son employeur lui coupe la parole à son tour, irrité par cette interruption. "Oui, vous allez à Buenos Aires pour récupérer ce coffre."

"Et bien, comme vous voulez," ajoute Nick. "Il ne nous reste plus qu'à discuter de mes indemnités."

"Je crois que nous avons déjà étudié cette question," ajoute son employeur le plus naturellement du monde.

"Oui, mais c'était avant que je ne sois au courant de cette 'petite escapade'." Nick tente le tout pour le tout.

"Ecoutez, je vous paie assez cher pour ça. Je vous ai déjà donné une avance substantielle et tout ce que vous m'avez rapporté, ce sont les itinéraires de voyages de Jacobs."

"Oh, allons, vous savez que c'est bien plus qu'un voyage..." répond Nick.

"Non. Je ne le sais justement pas," rétorque la personne. "Je commence à avoir des arrière-pensées concernant vos capacités à mener à bien cette mission."

 

Dans cette pièce sombre et mystérieuse :

Ha, je suis tout à fait capable de m'occuper d'une poignée de mêle-tout qui veulent probablement mettre la main sur ce coffre pour voir s'il y a une fortune à l'intérieur! L'homme continue à voyager dans ses pensées alors que son visage apparaît. Il s'agit en fait d'un médecin. Son badge indique "Dr. HARRY JACOBS."

 

Le yacht :

"Hé, dites, attendez une min --"

"Non, Nick, je n'ai pas une minute! Je ne sais pas combien de gens ont déjà eu accès à ces informations ou même si quelqu'un les a eues avant nous. Mais l'essentiel est que je veux ce coffre et je le veux le plus vite possible! Vous prenez cette affaire comme un grand jeu, comme s'il s'agissait d'une chasse au trésor pour votre profit personnel. Et bien, j'ai des nouvelles pour vous, ce n'est pas un jeu, Nick! Vous vous imaginez peut-être que ce coffre a été déposé à la banque du coin par une petite vieille avec à l'intérieur ses économies et ses bijoux de famille! Si le Docteur Jacobs s'escrime à parcourir le monde avec un coffre aussi encombrant qui a appartenu à une femme très riche, alors qu'il n'a aucun droit sur ses biens, je parie que ce qui est dans ce coffre doit être bigrement important. Malheur si je ne le récupère pas en premier!"

Nous revoyons maintenant le Docteur Jacobs qui travaille toujours sur un dispositif mécanique qui n'a l'air en rien d'un équipement médical. Non, c'est clairement une BOMBE qu'il est en train de manipuler... alors que l'image... Disparaît... Fin de l'Episode 12.

 

Rejoignez-nous maintenant dans la Salle de Conférence du Groupe Sumner pour nous donner vos impressions sur cet épisode!

 

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